Didier de Plaige

Le Pentagone & la Sécurité intérieure

L'information diffusée lundi par le Washington Post concrétise un sentiment de crainte assez répandu sur les forums américains, celui de voir un jour l'armée s'organiser pour contrôler les populations.

"Le Pentagone communique les détails de son engagement pour la sécurité intérieure."

"Affirmant leurs nouvelles priorités, des responsables du Pentagone ont fait savoir que l'armée américaine devrait pouvoir déployer 20.000 militaires sur le sol des Etats-Unis d'ici 2011. Ils seront entraînés pour venir en aide aux populations en cas d'attaque nucléaire ou toute autre catastrophe locale.

Des analystes en matière de défense ont précisé : l'extension du rôle du Ministère de la Défense en ce qui concerne la sécurité nationale était attendue depuis longtemps, et elle aurait récemment trouvé ses moyens de financement.

Ce changement soulève déjà de nombreuses critiques parmi les militaires et les associations de défense des libertés civiles, ainsi que les Libertariens.

Cloverfield

Ils se montrent préoccupés à l'idée que cette nouvelle disposition risque de générer un climat de défiance envers les militaires et d'affaiblir le Posse Comitatus Act, une loi fédérale qui date de 130 ans, et restreint le rôle de l'armée dans les affaires locales.

Mais depuis le milieu de cette décennie, l'administration Bush et certains députés ont voulu amplifier le rôle des militaires dans la sphère domestique, parce qu'ils pensent que la plus grande menace serait de voir les terroristes disposer d'armes de destruction massive.

Paul McHale

Paul McHale, adjoint du Ministre de la Défense, en charge de la sécurité nationale, s'exprimant devant le Center for Strategic and International Studies le mois dernier a concédé qu'avant les attaques terroristes du 11 septembre 2001, la mobilisation de 20.000 hommes - soit 7 fois plus en cinq ans - "aurait paru incroyable". Mais selon lui, "un changement fondamental s'est produit dans les milieux militaires", quand il est apparu évident que les autorités civiles risquaient d'être débordées en cas de catastrophes.

McHale a annoncé qu'un budget de 1.8 millions de dollars avait été accordé à un projet pilote, qui permet aux autorités civiles de faire appel, dans cinq états, aux coordinateurs militaires pour qu'ils élaborent des plans de réponse face aux désastres éventuels.

D'après le Général Victor E. Renuart Jr., chef du Northern Command, le plan du Pentagone suppose d'avoir constitué trois forces d'action rapide d'ici Septembre 2011.

La première unité de 4.700 hommes a été formée à partir d'une brigade de combat basée à Fort Stewart, Georgie; elle était en place au 1er Octobre. Si le financement est assuré, deux autres équipes rejoindront les 80 petites unités de la Garde Nationale et les corps de réservistes qui totalisent déjà 6.000 hommes mobilisables en soutien local. Ils seront entrainés pour répondre à une attaque chimique, biologique, radiologique, nucléaire, ou suite à une explosion .

Les préparatifs militaires face à une éventuelle attaque par le moyen d'une arme de destruction massive remontent au moins jusqu'en 1996, lorsque les Marines avaient formé un corps de 350 spécialistes prêts à intervenir en cas d'alerte chimique et biologique, avant de l'établir dans la banlieue de Washington. Ces efforts ont été amplifiés après les attaques du 11 septembre, et depuis l'invasion de l'Irak, en 2003, une force stratégique instituée par le Pentagone a permis de déployer 3.000 hommes sur le territoire des USA.

En 2005, la nouvelle stratégie redéfinie par le Pentagone concernant la sécurité intérieure consistait à "se préparer à des incidents de grande envergure, multiples et simultanés". Les menaces contre la sécurité nationale n'étaient plus seulement envisagées comme émanant de groupes cherchant à défier la puissance américaine à l'étranger, mais prenait en compte "ceux qui veulent nous infliger une défaite sur notre propre sol, en faisant exploser une bombe nucléaire dans une ville américaine."

Selon les estimations, un incident pourrait faire des milliers de victimes, et entrainer le déplacement d'un million de personnes; le désastre en 2005 de l'ouragan Katrina donne une idée des surfaces qui pourraient être contaminées."

Mais les associations de défense des libertés civiles sont particulièrement concernées par les risques de voir ces nouvelles unités, déployées sur l'ensemble du territoire américain, utilisées un jour contre des mouvements légitimes, au mépris de la Constitution.

"Lundi dernier Robert M. Gates, Ministre de la Défense, a ordonné aux responsables de la défense d'évaluer si l'armée, la Garde, et les réservistes, étaient en mesure d'apporter une réponse appropriée à des sinistres intérieurs. Il a fixé un délai de 25 jours aux commandants pour lui proposer des adaptations et chiffrer les coûts. Il a rappelé les conclusions d'une commission mise en place par le Congrès qui, en janvier 2008, avait constaté que la Garde et les réservistes ne sont pas opérationnels, et souligné le manque d'équipement et d'entrainement."

L'Union américaine des Libertés civiles et le Cato Institute s'inquiètent de ce qu'ils considèrent comme une extension incontrôlée du pouvoir de l'éxécutif.

Pour Anna Christensen, au nom de l'ACLU (American Civil Liberties Union), le déploiement de groupes d'urgence pourrait constituer "le premier pas d'une série de mesures élargissant l'autorité présidentielle et militaire", ou un renforcement de la surveillance des citoyens. Gene Healye, le Vice-Président de Cato, a dénoncé une "militarisation rampante" de la sécurité intérieure. - Source

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