Didier de Plaige

La Souveraineté & les Ovnis

Il n'est pas facile d'imaginer en France un professeur de Sciences-Po et un autre de la Sorbonne, s'associant pour publier une étude qui dénonce les craintes profondes du gouvernement face aux Ovnis...

Des travaux viennent d'être publiés par deux chercheurs, dans Political Theory, sous le titre : "La Souveraineté et les Ovnis". Il s'agit de Alexander Wendt - professeur de sécurité internationale à l'Université de l'Ohio, et Raymond Duvall - président du département des sciences politiques à celle du Minnesota.

Ils avaient présenté leur thèse à l'occasion de plusieurs conférences depuis 2006. Mais c'est aujourd'hui que leurs recherches trouvent un écho sur de nombreux blogs et forums anglo-américains. En résumé, les auteurs dissertent sur l'incapacité des Etats modernes à étudier sérieusement le phénomène Ovni, parce que la souveraineté anthropocentrique pressent une grâve menace de déstabilisation.

Wendt & Duvall

"Le concept moderne de souveraineté est un principe anthropocentrique, élaboré et organisé en référence aux seuls êtres humains. Bien qu'il soit un présupposé d'ordre quasi-métaphysique, l'anthropocentrisme est d'une importance pratique considérable, qui permet aux états modernes d'obtenir le consentement et la loyauté de leurs citoyens, afin de réaliser leurs projets politiques.

Il a cependant ses limites, qui apparaissent clairement quand on constate de quelle manière autoritaire on impose un tabou sur tout débat sérieux concernant les Ovnis. Les Ovnis n'ont jamais été étudiés systématiquement par la science ni les autorités, parce qu'on a toujours considéré qu'ils ne pouvaient être d'origine extraterrestre. En fait nous n'en savons rien, et c'est ce qui rend ce tabou si intrigant, car la possibilité aliène ne peut pas être écartée.

A la suite des travaux de Giorgio Agamben, Michel Foucault, et Jacques Derrida, on justifie cette ambiguïté par les impératifs pratiques de la souveraineté anthropocentrique, qui ne peut se résoudre à proclamer une exception aliène à cet anthropocentrisme, tout en se gardant la possibilité de l'accepter. On ne peut progresser sur le sujet Ovni qu'en éludant la question de sa nature."

La notion de souveraineté nationale est un concept relativement contemporain. Du temps de la royauté, c'est la puissance divine qu'on disait incarnée dans la personne du roi. Aujourd'hui, les Etats ont élaboré toute une série de règles pour gouverner les peuples dans les limites de leurs frontières, et n'entendent pas les voir remises en question.
Pour Wendt et Duvall, malgré des milliers de rapports d'observations d'Ovnis à travers le monde, personne ne cherche vraiment à savoir de quoi il retourne : "Nous ne disons pas que les autorités cachent la vérité sur le phénomène. Ni même que 'La Vérité' implique nécessairement des visites extraterrestres. Nous démontrons que les autorités se refusent à poser la question."

Ils ajoutent : "Contrairement aux ufologues, nous ne nous demandons pas 'De quoi s'agit-il ?'... mais : 'Pourquoi les gouvernements refusent-ils d'aborder le sujet ?'." L'une de leurs conclusions est la suivante : "Les dirigeants refusent d'évoquer le phénomène Ovni, par crainte de découvrir sa vraie nature. C'est pourquoi ils préfèrent regarder ailleurs - simplement l'ignorer, ce qui leur évite à prendre des décisions à ce sujet."

Scott McLemee, qui a rédigé une chronique sur les travaux de Wendt et Duvall, conclut de son côté : "Ils ont toutefois signalé un petit nombre de cas où des gouvernements ont conduit des études sur les observations d'Ovnis. Mais on a chaque fois constaté que c'étaient des tentatives pour éluder la vraie question."

"Le Projet SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) qui se poursuit depuis des décennies n'affecte pas la souveraineté anthropocentrique, qui ne peut supporter d'être mise en difficultés. En fait, les auteurs écrivent : 'Les partisans de SETI ont toujours été en pointe du scepticisme concernant les Ovnis."

La lecture intégrale de l'article publié par Wendt et Duvall est encore pour l'instant réservée aux abonnés du site web SagePub. Mais cette présentation est libre de reproduction.

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