Didier de Plaige

Hollywood & la CIA

A l'origine, "Hollywood sous pressions politiques" était un article en 3 parties, commandé par The Guardian aux chercheurs Matthew Alford et Robbie Graham.

Seule la 1ère partie a été validée et publiée le 14 Novembre 2008, après toutefois que la rédaction ait modifié le titre original "Les Espions et l'Ecran argenté" et préféré cette accroche : "Une offre qui ne se refuse pas."

Le préambule de la première partie résume le propos : "On entend souvent dire que la CIA conseille la production des films tournés à Hollywood, mais nul ne saurait préciser jusqu'où peut aller son implication."

Matthew Alford

Interrogé par Linda Moulton Howe, Matthew Alford raconte dans quelles circonstances The Guardian a censuré le reste de leur enquête. Il est Maître de conférences sur le théâtre, le cinéma et la télévision, à l'Université de Bristol, en Grande-Bretagne :

"Notre travail avait consisté à rechercher, depuis 1990 mais aussi dans quelques classiques, par quels moyens les autorités de Washington, D.C. avaient pu tenter d'influencer l'industrie d'Hollywood, dès lors qu'il y avait un contenu politique."

The Good Shepherd

Aujourd'hui la CIA n'exerce pas son influence à Hollywood par le moyen du financement ou la refonte des scenarios, mais offre son aide au prétexte de la conformité. A titre d'exemple, l'ex-agent Milton Bearden a servi de conseiller pour au moins deux films d'espionnage, dont "The Good Shepherd" de Robert De Niro ("Raisons d'Etat" - 2006), tiré de l'histoire du fameux chef du contre-espionage à la CIA, James Jesus Angleton.

En d'autres cas, comme "The Recruit" de 2003 avec Al Pacino et Colin Farrell, l'agent de la CIA qui a servi de "consultant" pendant toute la durée du tournage, a fait en sorte d'orienter la production vers une voie de garage. Il reconnaitra un peu plus tard : "Nous ne voulions pas qu'Hollywood s'approche trop près de la vérité".

Mais les auteurs rapportent aussi les conditions dans lesquelles le scénariste Gary DeVore avait disparu en juin 1997, alors qu'il préparait la réalisation de son premier film, sur le renversement du dictateur du Panama, Manuel Noriega : il fut retrouvé mort dans sa voiture un an plus tard, au fond d'un étang. Cependant l'ordinateur portable contenant son scenario resta introuvable.

"La seconde partie de notre enquête concernait les Ovnis et la part de désinformation dans ces productions. Robbie et moi ne prenions pas partie sur l'hypothèse extraterrestre. Cependant The Guardian l'a refusée, et les éditeurs ont prétendu que nous n'apportions pas suffisamment de preuves. Je ne partage pas ce point de vue. En outre, nous nous étions montrés très objectifs."

Par ailleurs, Matthew Alford et Robbie Graham avaient été surpris de lire ce commentaire de Steven Spielberg : "J'ai réalisé qu'il se passait vraiment quelque chose quand la NASA a pris la peine de m'écrire une lettre de 20 pages en 1977. Ils étaient furieux après avoir lu le scenario de "Rencontres rapprochées du IIIème Type", et pensaient que ce serait un film dangereux.."

Les auteurs de l'enquête ont alors lancé une double requête FOIA, dirigée vers la CIA et la NASA, pour tenter d'obtenir une copie de ce document. "Ca fait maintenant deux ou trois mois. Habituellement, le délai n'excède pas quatre semaines."

Ils ont reçu une réponse circulaire de la NASA, disant simplement : "Votre demande est à l'étude." Mais il ne s'est rien passé depuis. "Ce retard pourrait n'être qu'un contre-temps bureaucratique. Je ne peux en conclure à ce stade que les autorités tentent de dissimuler quelque chose, mais c'est assez frustrant pour les chercheurs ! Ca montre au moins qu'ils ne consacrent pas les ressources nécessaires au service d'information, quand il s'agirait d'apporter la preuve que la CIA et la NASA n'ont pas que des aspects positifs. Ca ne me surprend pas du tout. C'est toujours comme ça quand on s'adresse à des organismes puissants."

Matthew Alford ne se décourage pas, parce que sa requête FOIA finira bien par aboutir : "Il est encore trop tôt pour conclure qu'ils ont décidé de cacher la vérité." Il travaille à la rédaction de son prochain ouvrage : "Emanations de la Puissance : La Politique étrangère américaine & le Système de propagande hollywoodien." - Source - Compléments & Commentaires

Rencontres rapprochées avec le Pentagone

Les travaux de Matthew Alford et Robbie Graham portent sur le Cinéma Hollywoodien Ufologique et sa connection avec le Pentagone. L'étude est commandée par le journal britannique The Guardian qui n'en publiera qu'une courte partie en novembre 2008 et choisira alors d'oublier la suite, c'est à dire, ce qui nous intéresse le plus.

L'explication de la censure fournie par The Guardian a été donnée ci-dessus par Matthew Alford.

Les recherches largement référencées, portent sur une rétrospective des 60 dernières années. Les exemples choisis sont croustillants de détails assez parlants qui ne laissent aucun doute sur les intentions du Pentagone. L'étude approfondie des deux chercheurs, en cours de traduction, est à lire sur le forum, cependant l'introduction qui suit, plante le décor avec la décision, dés 1953, de mettre en œuvre des dispositions afin d'amener le public à voir les choses d'une certaine façon. La leur.

Hollywood Pentagone

''Depuis 60 ans, les extraterrestres ont laissé leur griffe sur le ‘Hollywood Box-office’ dans certains des films les plus populaires de tous les temps comme Le jour oú la Terre s’arrêta (1951), E.T L’extraterrestre (1982), Independence Day (1996), etc.. A noter en passant, la franchise Transformers (2007) à ce jour, a enrichi la mythologie ufologique de la bagatelle dépassant 1.5 milliard de dollars.

Cependant, les aspects les plus intéressants des films Transformers sont moins évidents dans leur forme celluloïd qu’ils ne le sont derrière la scène, un système de production bâti sur une relation étroite entre Hollywood, l’armée américaine, et diverses agences gouvernementales.

Alors que les détails du "complexe militaro-industrio-divertissement" sont documentés facilement, l’histoire de l’implication du gouvernement dans le cinéma ufologique Hollywoodien représente un chapitre oublié dans l’histoire du cinéma américain.

Bizarrement, et pour des raisons plutôt obscures, le gouvernement US s’est pris d’intérêt pour les films Hollywoodiens de soucoupes volantes dés les premiers jours du phénomène."

"Il y eut des efforts officiels pour déboulonner les ovnis en utilisant les médias dés 1953, efforts organisés par la Commission Robertson (sponsorisée par la CIA) qui décida que "l’engouement du public pour les soucoupes volantes devait être activement découragé.''

La Commission recommanda que "la NSA prenne des mesures immédiates pour effacer l’aura de mystère dont les objets volants non identifiés étaient malheureusement entourés" et que ceci "devait être accompli par les médias de masse tels que la télévision et le cinéma…’’ avec des références particulières envers Walt Disney." (1)

Parmi leurs nombreux exemples, les auteurs ont titré celui-ci "Une Patate Chaude". Nous sommes en 1958-1959 et le scénario de quelques épisodes d'une série TV extrêmement populaire n'est pas du tout au goût du commandement de l'époque.

Certaines parties du scénario devront passer à la moulinette made in USAF plusieurs fois avant d'être estampillées TV Ready.

Vintage Cover Steve Canyon

Alford & Graham racontent : "En 1958-1959, l’USAF effectue aussi beaucoup de changements dans le scénario d’un épisode apparemment innocent du feuilleton TV Steve Canyon. Soutenu par la marque de cigarettes Chesterfield et produit par Universal Studios avec l’entière coopération de l’Air Force américaine, le programme de NBC fait découvrir à ses spectateurs les exploits héroïques du célèbre personnage de la bande dessinée de Milton Caniff. Chaque épisode se termine par le sceau du Département de l’Air Force accompagné d’une voix disant : "Steve Canyon! La gloire des hommes de l’Air Force de l’Amérique!"

"L’épisode en question qui valut l’objection de l’USAF s’appelait : "Projet UFO". On y voyait le Colonel Steve Canyon enquêter sur une série d’observations de soucoupes volantes signalées à la base de l’Air Force locale.

Selon l’historien aéronautique James H.Farmer, "l’Air Force ne voulait vraiment pas que cet épisode soit diffusé."

Dans son commentaire pour le DVD de Steve Canyon, Farmer mentionne que l’USAF n’était pas à l’aise avec cet épisode parce que les ovnis, à l’époque de la production, "leur causaient de nombreux problèmes de relations publiques… de Roswell en 47 jusqu’aux survols de Washington DC en 52… l’Air Force ne voulait pas y être mêlée", dit Farmer.

"C’était une patate chaude dont ils furent bien contents de se débarrasser lorsque le Projet Blue Book se termina en décembre 69".

Steve Canyon
Mister Canyon

"Lorsque l’USAF rend sa version du scénario, celui-ci était, pour citer Farmer, "plutôt timide… comparé aux scénarii précédents."

En effet, dans l’épisode diffusé, les observations ovnis sont attribuées à une combinaison de hoax induits sous le coup d’une hystérie (en adéquation avec la version de l’Air Force de Roswell) et des erreurs de jugement sur les ballons météo.

John Ellis, le producteur des biens Milton Caniff, est intrigué par le nombre de révisions auxquelles le scénario fut soumis : "C’est intéressant parce qu’en regardant les scripts originaux… chaque page a éte remaniée, et remaniée et remaniée…" (2)

Le metteur en scène de la série David Haff est plus précis en se souvenant de la réaction de l’Air Force lorsqu’il leur avait soumis le premier jet du scénario afin d’obtenir l’approbation officielle: "Oh, oh, oh, oh! No, no, no, no!" Haff mentionne également que l’USAF avait aussi des difficultés pour décider ce qui serait acceptable pour une diffusion." (3)

"Plusieurs changements dans le scénario de "Project UFO" sont particulièrement parlants. Dans l’un des premiers brouillons par exemple, Steve Canyon s’adresse à son officier supérieur, le Colonel Jamison, pour la défense d’un témoin d’ovni, un civil : "Pourquoi le traiter d’abruti?" demande Canyon, "Il me semble qu’il a agi en citoyen avec beaucoup de sang-froid…" Ce dialogue fut supprimé. Ailleurs dans le brouillon, Canyon est enthousiaste vis à vis des soucoupes volantes.

A un moment, alors qu’un nouveau rapport d’ovnis de la ville voisine arrive à la base, Canyon "se précipite vers la porte" et s’écrie, "ça, il faut que je le vois!’’ avant de sortir en courant. Et dans la scène finale (le scénario d’origine), on voit Canyon ouvrir un livre sur les soucoupes volantes, "et s’assoir tranquillement pour lire…" Cette scène n’a jamais vu le jour dans la scène finale et dans la version diffusée : l’excitation de Canyon sur les ovnis est remplacée par du scepticisme ou au mieux, de l’indifférence.

Steve Canyon

Souvenons-nous que tous ces changements entrent tout à fait dans la ligne de conduite préconisée dans les recommandations de la Commission Robertson, c’est à dire : "l’engouement du public pour les soucoupes volantes devait être activement découragé.'' et "que la NSA prenne des mesures immédiates pour effacer l’aura de mystère dont les objets volants non identifiés sont malheureusement entourés" et que ceci "devait être accompli par les médias de masse tels que la télévision et le cinéma…"

Le remaniement le plus significatif d’un épisode de ‘’Project UFO’’ est la suppression totale d’une scène concernant la récupération et l’analyse scientifique de débris supposés être ceux d’un ovni (mais qui finiront par être autre chose). Le brouillon comporte un dialogue du style : 'Cette chose [soucoupe] a fait tomber une petite boule de métal qui contient un appareil électrique si complexe, si ingénieux, personne encore n’a été capable de comprendre à quoi cela servait', et, 'le métal ne réagissait à aucun de nos tests standards'. Avec de telles allusions à Roswell, il n’est pas surprenant que l’Air Force se sente concernée." (11)

Steve Statue

"En dépit du contenu abaissé au niveau d’un navet, l'USAF a préféré que l’épisode ne soit pas diffusé du tout. "C’est resté sur l’étagère" dit Ellis dans son commentaire DVD, "l’épisode était terminé …mais ils ont préféré attendre vers la fin de la série pour le diffuser."

En fait c’était un dernier acte de défiance de la part des producteurs de le diffuser vers la fin en 1959.

Que le Pentagone trouve correct de s’impliquer dans le divertissement lié aux ovnis avec la possibilité de déboulonner prend tout son sens au vu de ses essais répétés pendant des décennies pour se laver les mains publiquement du problème des ovnis.

Mais cette approche est contraire à plusieurs occasions, qui datent des années 50, oú les militaires US ( probablement avec la CIA) ont en fait facilité la production de contenu médiatique ufologique, en faisant la promotion non seulement de l’idée même de la réalité extraterrestre mais aussi de celle des visiteurs extraterrestres."

Source

Dans la ville d'Idaho Springs au Colorado, le patriotisme d'après guerre atteignait des sommets au point qu'en 1947, les habitants d'un quartier de la ville, nommé depuis toujours ''Le Ravin des Ecureuils'' décidèrent de renommer leur quartier ''Steve Canyon'' en hommage au héros de la bande dessinée de la seconde guerre mondiale.

Deux ans plus tard, leur ferveur n'ayant pas diminué, ils réussirent à convaincre le gouvernement fédéral de payer 12.000$ pour la commande d'une statue plus grande que nature de leur nouvel homonyme. L'oeuvre fut envoyée à Idaho et consacrée le 8 juillet 1950.

On peut lire sur la plaque : ''Le Trésor Public salue Steve Canyon et à travers lui, tous les personnages de bande dessinée qui servent la Nation''.

Patrick Winn – Reporter pour Air Force Times, raconte :

''Milton Caniff n'était pas taillé pour devenir un pilote de l'Air Force. En dehors de ses phlébites à répétition la narcolepsie dont il souffrait l'aurait tenu à l'écart du cockpit. C'est par une porte arrière qu'il avait obtenu ses entrées dans la maison.

Dessinateur, Caniff s'est introduit dans le cercle le plus intime des généraux étoilés. Les bandes dessinées des aventures de son héros ''Steve Canyon'' (pilote de chasse, chevelure blonde) lui ont valu d'être le civil le plus chouchouté qui fut. Débattu dans les rapports classifiés et consulté par les généraux, ses obsèques ne sont rien de moins qu’une cérémonie accompagnée des honneurs militaires au complet.''

Milton Caniff
Milton Caniff

''Alors que l’Air Force célèbre son soixantième anniversaire, les fans de Caniff célèbrent la bande dessinée journalistique la plus longue de sa carrière. Steve Canyon est né en 1947, cette même année les dirigeants du Département de la Défense avaient convenu que l’armée de l’air deviendrait une armée indépendante.'' Source

Le début de l'article se trouve dans les Commentaires.

Diouf, pour Ovnis-USA

Compléments & Commentaires

(1): DVD Commentary by James H. Farmer and John Ellis: The Complete Steve Canyon on TV Volume 1, Episode 7: ‘Project UFO’ (NBC First Run Tuesday May 19, 1959), DVD released through Milton Caniff Estate.
(2): Haft recalled his experiences of working on Steve Canyon during an interview conducted by John Ellis, August 17, 2006.
(3): Early script draft by Sidney Carroll dated June 27, 1958, supplied by John Ellis to Robbie Graham and Matthew Alford, May 27, 2009, courtesy of the Milton Caniff Estate.