Didier de Plaige

Nous ne Sommes Pas Seuls

avril 28th, 2010 Posted in Avril 2010

Clara Delpas a relevé pour nous cette interview de l'astrobiologue Dirk Schulze-Makuch, auteur d'un nouvel ouvrage : "Nous ne Sommes Pas Seuls".

Des «canaux» imaginaires observés par les télescopes imprécis du 19ème siècle, à la haute endurance des rovers robotisés d’aujourd’hui, Mars a toujours été la cible privilégiée pour la recherche de la vie au-delà de la Terre. Elle est la planète la plus hospitalière que nous connaissions en dehors de la nôtre.

En dépit d’un passé chaud et saturé d'eau ainsi que de plus d'un siècle de recherches très sophistiquées, aucune preuve flagrante n’a jamais pu être trouvée concernant la présence de vie sur Mars. Du moins, c'est le consensus scientifique général. Mais selon le nouveau livre de l’astrobiologiste Dirk Schulze-Makuch et du vulgarisateur scientifique David Darling, nous avons déjà de bonnes preuves de vie microbienne martienne depuis les années 70 et les missions Viking de la NASA.

Ils affirment que tout ce qui est nécessaire pour prouver sans aucun doute possible que nous ne sommes pas seuls sera une autre mission ambitieuse vers Mars qui, comme pour Viking, transportera une expérience pour détecter la vie.

Lee Billings s'est entretenu avec Schulze-Makuch à propos des évidences concernant la vie sur Mars, les limites de cette certitude et des autres endroits prometteurs pour la vie biologique dans le système solaire.

We Are Not Alone

We Are Not Alone
Dirk Schulze Makuch

Dirk Schulze Makuch

David Darling

David Darling

Lee : Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Dirk Schulze-Makuch : Les preuves de la vie martienne ont été récemment rapportées de façon négative et avec scepticisme. En tant que scientifique, vous vous devez d’être sceptique, mais ici nous avons de nombreuses lignes de convergence prouvant qu’il y a une vie microbienne et si vous les regroupez toutes, vous obtenez une vision vraiment très cohérente. David Darling, mon co-auteur et moi-même croyons fermement que nous devons amener le public à se montrer très enthousiaste à ce sujet, pour inciter les agences spatiales à aller de l'avant.

Lee : Mais certains scientifiques créent eux-mêmes des dénominations pour parvenir à des conclusions erronées. Si les preuves sont si bonnes, pourquoi les chercheurs ne s'empressent-ils pas d'annoncer qu'il y a de la vie sur Mars ?

DS : Eh bien, cela dépend du genre de groupe dont vous parlez. Si vous demandez au public, celui-ci pense qu'il y a une vie sur Mars, au moins une vie microbienne. Je ne veux pas parler au nom de tous les scientifiques, bien sûr, mais je pense que parmi ceux qui savent, les avis tendent à soutenir cette hypothèse. Cela est particulièrement vrai pour les chercheurs qui étudient les extrêmophiles, ces micro-organismes terrestres qui se développent dans des environnements extrêmes. Certains scientifiques de la planète sont encore très sceptiques.

Lee : Votre argument semble s’articuler, en grande partie, sur les résultats des sondes Viking. Pouvez-vous nous résumer pourquoi ces résultats démontrent la vie?

DS : D'une certaine manière le moment était mal choisi pour Viking. Énormément de progrès ont été réalisés dans les expériences de détection de la vie après et pendant son voyage vers Mars : La découverte de tous ces écosystèmes sous-marins autour des cheminées hydrothermales et la recherche extrêmophile du début des années 1980 ont vraiment changé notre façon de penser sur la présence de la vie et ses limitations. Les chercheurs de Viking pensaient que la vie sur Mars serait hétérotrophe, se nourrissant de l’abondance des composés organiques répartis sur toute la surface martienne. Cette vision était fausse et les recherches sur les extrêmophiles terrestres nous ont faits penser différemment à propos de Mars. Certaines personnes disent que Viking a essayé d'en faire trop, trop tôt et, en raison de ses résultats ambigus, rien n’a été fait de nouveau depuis ces expériences de détection de vie martienne.

Concernant les résultats de Viking, le démon est dans les détails. Il y a eu trois expériences de détection de vie : l'Expérience de Libération Étiquetée (Labeled Release Experiment ) qui a abouti à un résultat positif, l'Expérience d’Echange du Gaz (Gas Exchange Experiment) qui a donné un résultat négatif, et l'Expérience de Libération Pyrolytique (Pyrolytic Release Experiment) qui a donné un résultat ambigu et peu concluant. Le Gas Chromatograph Mass Spectrometer (GC-MS – Chromatographie en phase Gazeuse – Spectrométrie de Masse) de Viking, conçu pour détecter la matière organique, a, pour ainsi dire, le juge d'appel et comme il n'a pas détecté de matière organique, il en a été conclu, à l’époque, que Viking n'avait pas détecté la vie.

Viking lander

Viking lander

Toutefois, les résultats de GC-MS ont toujours été un peu bizarres. C'est à cause des météorites martiennes que nous savons qu'il y a des matières organiques sur Mars. En outre, il a été démontré que le même instrument n'a pas pu détecter les matières organiques dans les Vallées-Sèches de l'Antarctique ou des sols hydrothermaux, lieux sur Terre où nous savons qu’une petite mais significative population microbienne parvient à vivre. La question est donc, pourquoi le GC-MS n'a-t-il pas détecté les matières organiques présentes sur Mars ? La concentration était-elle trop faible ? Etaient-elles dans une forme dans une forme non détectable ? Ou, est-ce qu’elles se sont toute oxydées en dioxyde de carbone avant de pouvoir être mesurées en tant que matières organiques ?

Nous pensons que c’est cette dernière raison parce que le GC-MS a détecté avec exactitude l’excédent de dioxyde de carbone. Cela est bien expliqué par une hypothèse, que j'avance avec mon collègue Joop Houtkooper, qui postule que les organismes martiens pourraient utiliser un mélange de peroxyde d'hydrogène et d'eau comme fluide intracellulaire plutôt que de l'eau seule. Lorsqu'il est chauffé au cours du test GC-MS, le peroxyde d'hydrogène deviendrait instable et oxyde tous les composés organiques, en libérant du dioxyde de carbone.

Mars Earth

Mars et la Terre

Un tel mélange de peroxyde d'hydrogène et d’eau serait un mécanisme parfaitement adapté aux organismes martiens, parce qu’il transmettrait ainsi ses propriétés d’antigel - au moins jusqu’à - 56 °C – et son hygroscopicité, qui est la capacité d'attirer les molécules d'eau directement à partir de l'atmosphère, comme le font le miel ou le sucre. Ce serait un énorme avantage pour la vie sur un monde désertique et très sec comme l’est Mars.

Cela expliquerait également les résultats de l'Expérience d’Echange du Gaz et l'Expérience de Libération Pyrolytique. Elles ont été conduites avec trop d'eau. Si vous êtes adaptés au peu d'eau présent sur Mars, trop d'eau vous saturera. C'est comme si une race d'aliens constatait que l'un d’entre nous mourrait de soif et qu'elle essayait de nous aider en nous plaçant en plein milieu de l'océan Pacifique. On se noierait.

Dans un sens c’est peut être ce qu’a fait Viking aux microbes martiens. Je pense qu'il est particulièrement révélateur que l'une des Expériences de Libération Pyrolytique effectuées dans des conditions sèches ait montré des taux de synthèse organique extrêmement significatifs en harmonie avec la vie microbienne, tandis qu'une autre menée dans des conditions humides a montré des taux de synthèse inférieurs à ceux effectués dans un environnent stérilisé.

Lee : Sur l'ensemble des missions qui sont allés sur Mars - orbiteurs, Landers, robots – voulez-vous insinuer que Viking a été la plus ambitieuse ?

DS : Il n'y a aucun doute dans mon esprit à ce sujet. Bien sûr que Viking a été le plus ambitieux. Il était bien trop ambitieux, à certains égards, parce qu'à ce moment-là nous ne connaissions rien du tout de l'environnement martien. Mais c'était le genre d'approche audacieuse que chacun aime à voir. Depuis, tout à progressé de manière exponentielle. Maintenant nous avons de meilleures technologies et une bien meilleure compréhension de l'environnement martien, mais nous n'avons encore eu aucune expérience de détection de la vie depuis Vikings ! Le temps est venu pour une nouvelle mission avec des instruments pour y détecter la vie. La prochaine mission martienne de l'Agence Spatiale Européenne, ExoMars, en est pourvue, bien que malheureusement certaines personnes impliquées m’aient informé qu’une bonne partie de cette technologie a été supprimée en raison des coupes budgétaires.

Mars

Mars

Lee : Qu'est-ce qui constituerait une preuve définitive de la présence de vie sur Mars ? Ne craignez vous pas qu’aucune preuve ne serait suffisante pour trancher ce débat ?

DS : Aujourd'hui, nous avons vraiment beaucoup d'éléments de preuve allant dans le sens de la vie sur Mars. Je pense qu’actuellement il est scientifiquement plus scandaleux de penser que Mars est et a toujours été stérile.

Dirk Schulze Makuch

Dirk Schulze Makuch

Mais je ne plaisante qu'à moitié quand je dis que personne n’y croira jusqu'à ce que nous ayons trouvé de la vie sur Mars au moins jusqu'à ce que nous ayons un microbe martien sous un microscope qui s’agite à nouveau pour nous ! Mais même alors, il y aura des difficultés potentielles. Une chose qui m’inquiète un peu, c'est si nous trouvons de la vie sur Mars et qu’il est démontré qu’elle a un lien avec la vie sur Terre ? Ce n'est pas qu’une possibilité improbable. Les gens diront que c'est juste une contamination due à ce que nous avons apporté avec nous, ou à partir d’anciennes sondes spatiales qui se seraient écrasées dans le coin. Et à juste titre : Après les sondes Viking en particulier, mais même avant cela, la planète a probablement été contaminée par des matériaux provenant de la Terre. Alors peut-être un micro-arganisme terrestre a-t-il survécu jusque là et a-t-il été propagé par les vents ou a a-t-il réussi d’une façon ou d’une autre à finir dans le sous-sol pour être protégé contre les intempéries.

Cependant, certaines propriétés donneraient de bons arguments en faveur d’un organisme martien. Par exemple, toutes nos molécules biologiques ont une "chiralité" incontestable, une orientation vers la gauche ou la droite de leurs structures. Donc si des molécules dans les organismes martiens ont une chiralité différente de celle des molécules terrestres, ce serait une preuve assez bonne.

Lee : Le reste du livre parle des autres sites possibles pour la vie dans le système solaire. Quelle devrait être la priorité dans nos explorations ?

DS : Mars devrait être la priorité absolue. Mais si nous trouvions de la vie sur Mars, nous ne saurions pas nécessairement si c’est d'une origine distincte. Mars, la Terre et Vénus sont toutes très proches les unes des autres, et nous pensons que des organismes peuvent survivre à l’impact de météorites et être transportés d'un endroit à l'autre. Titan est une priorité moindre par rapport Mars, car il est beaucoup, beaucoup plus difficile d'y parvenir, mais pour trouver de la vie qui a certainement des origines diverses, Titan devrait être une priorité absolue. Si nous comprenons bien la chimie organique et les réactions engendrées, il semble raisonnable de penser qu'il devrait y avoir de la vie là-bas. Même si nous ne trouvons pas de la vie là-bas, nous pourrons encore observer dans quelle mesure la chimie organique peut évoluer dans sa phase prébiotique. Titan est un laboratoire naturel pour cela.

systeme solaire

Système solaire

Après cela, il y a beaucoup d'endroits, notamment les océans sous la surface d’Europe, Ganymède, et certaines autres lunes du système solaire externe. Il y a même des chances pour que la vie dans ces endroits puisse être pluricellulaire et plus complexe. Mais nous en savons très peu sur ces lieux et ces océans pourraient être acides ou toxiques. Il se pourrait qu’il n'y ait rien du tout là-bas et qu’ils soient juste morts. Il y a même une chance raisonnable, je dirais bien moins de 50 pour cent, qu'il puisse y avoir de la vie dans l’atmosphère basse de Vénus. Si vous deviez la chercher ce ne serait même pas difficile de le faire. La NASA a déjà essayé dans les années 1980 avec la mission Pioneer, mais l'expérience la plus pertinente a foiré et aucune donnée n'a été retournée. Nous devrions y retourner.

Lee : Quel est le principal problème auquel est confrontée la recherche de la vie ailleurs?

DS : La chose la plus importante est que nous ne comprenons pas encore l'origine de la vie sur Terre. Au contraire, nous comprenons la résistance de la vie dans les environnements habitables sur cette planète. Il y a énormément d’environnements potentiellement habitables ailleurs dans notre propre système solaire et nous savons que la vie qui est apparue sur la Terre s’est propagée à peu près partout.

Système Solaire

Système solaire

Maintenant, si vous deviez être sur une autre planète, ou sous la surface de l'océan d'Europe, il est fort possible que si vous aviez déjà eu de la vie au moins une fois là-bas, vous le referiez probablement encore pour vous arranger à survivre et vous multiplier comme sur la Terre.

Mais les conditions pour les origines de la vie sont probablement beaucoup plus contraignantes que pour les conditions de survie. C'est vraiment la question à un million de dollars à laquelle personne n'a pu encore répondre ; une autre donnée est de se rendre compte comment notre vision de la vie s’est forgée par notre expérience terrestre. Il est difficile de voir d'autres possibilités, d’imaginer d'autres formes de vies, quelles sont les autres options, vers quels chemins ou voies la vie pourrait prendre ailleurs. A mesure que nous découvrons des planètes et des lunes de plus en plus étranges, dans notre système solaire et au-delà, la plupart des scientifiques se rendront compte qu'il est très important d'examiner ces possibilités, de sorte que nous soyons un peu mieux préparés à ce qu’il pourrait peut être y voir là-bas.

dificultnspa, pour Ovnis-USA

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