Didier de Plaige

Nouveau colloque scientifique au Vatican

novembre 11th, 2009 Posted in Novembre 2009

Cet article du Washington Post est signé de Marc Kaufman, chroniqueur scientifique. Il a été repris sous forme condensée par The Telegraph :

"A quelques centaines de mètres du Vatican, sur le Campo de' Fiori, se trouve une grande statue de Giordano Bruno, un philosophe de la Renaissance, qui avait été condamné au bucher par l'Inquisition en 1600.

Parmi ses nombreuses "hérésies", il croyait en la "pluralité des mondes" - c'est-à-dire à la vie extraterrestre et aux aliens.

L'Académie pontificale des Sciences organisait du 6 au 10 novembre sa première semaine d'études sur l'astrobiologie, cette nouvelle science qui recherche la vie dans le cosmos et s'intéresse à comprendre comment elle est apparue sur Terre.

La Casina Pie IV accueillait des scientifiques de premier plan, venus du MIT, du CNRS, du SETI, ou du Laboratoire d'Astrophysique de Bordeaux. Il apparait maintenant que certaines des traditions qui reposent le plus sur la foi considèrent désormais très sérieusement la possibilité que la vie existe ailleurs sous des formes multiples.

Giordano Bruno
Jose G.Funes

L'astrobiologie s'est imposée, et les institutions sociales et religieuses - dont le Vatican - ont reçu le message.

Le Père jésuite Jose Funes, astronome, et directeur de l'Observatoire du Vatican est l'un des principaux artisans de cette conférence. C'est lui qui dans une interview le 13 mai 2008 avait déclaré que l'immense étendue de l'univers montre qu'il est possible que d'autres formes de vie existent en-dehors de la Terre, même des êtres évolués, et que cette idée "ne saurait être contraire à la foi chrétienne" parce que les aliens seraient des créatures divines.

L'interview reprenait en titre une de ses formules : "L'extraterrestre est mon frère". Selon lui, nier l'existence des E.T. serait comme "imposer des limites" à la liberté du Créateur. "Comme il existe une multiplicité de créatures sur Terre, il peut y avoir d'autres êtres également intelligents créés par Dieu".

Cependant cette idée peut heurter certaines personnes qui sont attachées à des "vérités" bien enracinées. De la même manière que la révolution copernicienne nous avait forcés à réaliser que la Terre n'est pas le centre de l'univers, la démarche des astrobiologistes nous conduit à envisager que nous ne soyons pas seuls, et qu'il y ait d'autres créatures plus avancées dans l'univers.

Ce ne serait peut-être pas "contraire à la foi" mais ça pourrait amener un changement radical quant à la perception de notre place dans l'univers.

Cette conférence de 5 jours était présidée par l'Evêque Marcelo Sanchez Sorondo, qui dirige la prestigieuse Académie pontificale des Sciences. Une trentaine de scientifiques (dont beaucoup ne sont pas croyants) ont présenté des travaux sur l'origine de la vie, la découverte de microbes "extrêmophiles" sur notre planète, qui peuvent nous renseigner sur les possibilités de vie ailleurs, comment des formes de vie pourraient être détectées dans notre système solaire, si une biochimie différente peut manifester la vie, ou encore comment découvrir les bio-signatures en s'intéressant aux nombreuses exoplanètes...

Après avoir surmonté le facteur du ridicule, en ce qui concerne les possibilités de vie extraterrestre, les astrobiologistes ont adapté leur langage scientifique et leur auditoire pourrait un jour utiliser ce discours pour amplifier leur foi.

Marcelo Sanchez Sorondo

L'église catholique n'est pas la seule institution qui se prépare à un tel bouleversement. Par exemple, l'institut National d'Astrobiologie de la NASA, fondé en 1998, avait organisé en février une réunion de savants, de membres de comités d'éthique, de responsables religieux et de philosophes, pour envisager les implications de l'astrobiologie sur la société, et contribuer à réviser la "feuille de route" semi-officielle destinée à répertorier les aspects sensibles d'une possible découverte de la vie extraterrestre.

Alien icone

Cette première étape est considérée par de nombreux scientifiques comme très vraisemblable, elle serait même toute prôche - et consisterait par exemple en la découverte d'une vie microbienne sous le sol martien, ou dans les océans d'Europe (une lune de Jupiter), ou dans les geysers d'Encelade (qui gravite autour de Saturne).

Les astrophysiciens et les astrobiologistes estiment que si l'on découvre une seconde genèse dans un même système solaire, cela augmenterait considérablement la probabilité que la vie soit un phénomène courant dans l'univers. Comme nous le savons, si les conditions sont appropriées, l'évolution peut amener à très long terme des microbes à devenir des dinosaures, des oiseaux, et des humains.

La possibilité de la vie extraterrestre ne pose aucun problème aux religions orientales, qui ne sont pas vraiment géocentristes. L'Islam se soucie assez peu des extraterrestres, parce que le Coran parle explicitement d'autres mondes, et il en va de même pour des communautés chrétiennes telles que les Mormons.

L'astrobiologie représente cependant un défi sérieux pour les religions d'occident, où Dieu et les hommes sont placés au centre du système.

Paul Davies, physicien et cosmologue de l'Université d'Arizona, pense en effet que "la découverte d'une autre genèse aurait un impact énorme dans la sphère spirituelle". Pour lui, les leaders religieux de la Chrétienté en particulier, ont choisi de "minimiser les conséquences".

"La découverte d'une intelligence extraterrestre constituerait une menace, parce que, s'il y a d'autres êtres dans l'univers, ce serait très dérangeant pour les Chrétiens. Ils croient que Dieu s'est incarné sous la forme de Jésus-Christ pour sauver les hommes, pas les dauphins, les chimpanzés ou les petits hommes verts sur d'autres planètes."

Davies a résumé les tensions au sein de l'Eglise catholique : "L'histoire montre que les chrétiens sont divisés en deux camps :

Paul Davies

Certains croient que c'est la destinée humaine d'apporter le salut aux aliens, et d'autres croient en des incarnations multiples". Il fait référence à la croyance selon laquelle le Christ pourrait s'être également manifesté sur d'autres planètes. Mais "l'allusion à des incarnations multiples est une hérésie pour le Catholicisme".. (Et Giordano Bruno en savait quelque chose).

Gary Bates

De nombreux érudits Protestants s'accordent avec Funes, pour dire que la découverte de la vie extraterrestre ne poserait pas un problème majeur pour leur foi ou leur théologie, surtout s'il ne s'agit pas d'être intelligents ou conscients. Mais les évangélistes sont bien davantage concernés, et cela nous rappelle les violents débats sur l'évolution.

Gary Bates, responsable du groupe 'Creation Ministries International', à Atlanta, me déclarait récemment, à propos de la conférence du Vatican : "Sous l'angle théologique, la vie E.T. tournerait en dérision la raison principale pour laquelle le Christ est venu mourir, c'est-à-dire la rémission de nos pêchés, notre rédemption".

Bates croit que "cette communauté terrestre est le but ultime de la création", et qu'une vie extraterrestre intelligente, dotée d'une conscience morale, pourrait dévaluer cette conception et la croyance en l'incarnation, l'épisode dramatique de la résurrection et le thème de la rédemption, qui est le point central de la foi. Il m'écrivait : "C'est un problème énorme sur lequel de nombreux chrétiens n'ont pas encore réfléchi".

La grande question concerne la vie intelligente. Les astronomes nous disent qu'il y a des milliards de milliards d'étoiles dans l'univers connu, et on découvre en permanence que des planètes orbitent autour de certaines d'entre elles. Il est de plus en plus difficile de vouloir prétendre que seule la Terre serait capable d'héberger une forme de vie complexe et évoluée - celle dont les Chrétiens pensent qu'elle nécessite d'être sauvée. D'autres questions suivent inévitablement : la Chrétienté et les autres religions ont-elles les seules réponses au sujet de la vie sur Terre ? Et si elles ne peuvent se prétendre "universelles" au sens cosmique, auraient-elles moins de sens pour autant ?

Le Vatican s'était déjà lourdement trompé face à Copernic, Galilée, ainsi que d'autres chercheurs, et il ne souhaite pas commettre les mêmes erreurs.

Pour Pierre Lena, astrophysicien français et membre de l'Académie Pontificale : "L'astrobiologie est une science majeure, qui a des choses intéressantes à dire; elles pourraient transformer la vision que l'humanité a d'elle-même. L'église ne peut rester indifférente."

Prêtre et scientifique, le Révérend Funes est un peu désabusé. Il n'a pas semblé surpris des réactions mondiales après ses déclarations sur ses "frères extraterrestres" l'an dernier, et de l'attention portée sur la conférence des astrobiologistes.

Il ne retire rien de ses propos antérieurs, et ne regrette pas de s'être exprimé. Il m'a confié que les autorités du Vatican ne lui avaient fait aucun reproche.

Mais il a tenu à rappeler qu'il ne s'était pas exprimé au nom de l'Eglise, même si son interview avait fait la une de l'Osservatore Romano. Selon lui l'Eglise n'a pas de position officielle sur la vie extraterrestre ni sur les questions théologiques qui pourraient en découler. Si certains auteurs se consacrent à la science-fiction, Funes quant à lui est intéressé par la "fiction théologique" - et c'est ce qui lui semble important, sur le plan religieux, à supposer qu'on découvre un jour de la vie dans l'espace.

Jesus alien

José Funes a conclu d'un air malicieux : "Pour le moment, l'Eglise n'a pas à s'exprimer sur ce point. Mais ça pourrait certainement changer." - Source

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