Didier de Plaige

Dimanche 30 Août

août 30th, 2009 Posted in Aout 2009

Kala Ambrose s'entretient avec des auteurs, explorateurs et chercheurs. Elle a obtenu cette interview avec le Dr. Edgar Mitchell à propos de son livre : "The Way of the Explorer" (publié en 1996, édition révisée en 2008).

Kala Ambrose : On vous a souvent posé cette question : Qu'avez-vous ressenti la première fois que vous vous êtes trouvé dans l'espace et avez pu regarder la Terre ? Etait-elle aussi petite qu'on l'imagine ? Vous a-t-elle semblé fragile?

Dr. Edgar Mitchell : Oh, oui, bien sûr. Cette expérience m'est en fait arrivée sur le chemin du retour, une fois le travail accompli sur la surface de la Lune. Ma tâche consistait à piloter le module lunaire, et j'étais le responsable du LEM et des opérations sur place. Lorsque nous sommes revenus vers la Terre, j'avais rempli l'essentiel de ma mission. J'ai eu alors la chance de pouvoir passer plus de temps devant le hublot que les autres membres de l'équipage.

Edgar Mitchell

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Mes responsabilités étaient celles d'un ingénieur sur des systèmes qui fonctionnaient sans problèmes, par conséquent j'ai pu m'adonner à quelques observations prolongées et nous étions plus disponibles pour communiquer sur le chemin du retour; nous avions appelé ça le mode barbecue, le contrôle thermique. Nous étions orientés perpendiculairement à l'axe de vol, et le vaisseau se trouvait sur l'écliptique. C'est le plan sur lequel tournent la Terre, la Lune et le Soleil, et nous maintenions l'équilibre des températures.

Cette position nous offrait, toutes les deux minutes, l'image de la Terre, la Lune, et le Soleil, dans une vue panoramique à 360° sur la magnificence des cieux; c'était une expérience fascinante. J'avais étudié l'astronomie pour l'obtention de mon doctorat au MIT. Je l'avais étudiée à Harvard et au MIT, et j'avais déjà pas mal de connaissances sur le ciel, le système stellaire, etc...

J'ai réalisé que les molécules de mon corps, et les molécules constituant notre vaisseau, de même que celles qui constituaient mes compagnons, avaient été fabriquées, ou élaborées, au moins depuis la formation des étoiles, et soudain ce n'était plus une simple connaissance intellectuelle qui affectait ma perception visuelle. Ce fut un Wow ! "Je suis fait de ces molécules." En conséquence, il me fallait tout reconsidérer de ce que je savais jusqu'ici, et il s'en est suivi un sentiment d'extase et de joie intérieure parfaite.

The Way of the Exploreur

Je n'avais jamais connu une telle expérience. Alors que nous poursuivions notre course sur le chemin du retour, et que j'ai eu la chance de regarder par le hublot, j'ai réalisé que nous étions la première génération de visiteurs de l'espace. De tous temps les humains se sont posé le même genre de questions sur l'existence : qui sommes-nous, où allons-nous, comment sommes-nous arrivés ici, quelle est la nature de cette réalité ?

J'ai compris que nos réponses à ce questionnement qui s'appuie sur la science étaient probablement incomplètes et faussées, parce que la science n'a environ que 400 ans. Dans cet époque moderne, les réponses que nous offre notre cosmologie actuelle restent enracinées dans la religion et sont encore archaïques ou entachées d'erreurs.

Aussi, puisque nous devenons des explorateurs de l'espace, il nous est peut-être nécessaire de reformuler notre questionnement sur ce que nous sommes, comment sommes-nous arrivés ici, et quelle est la nature de cette réalité. C'est ce qui avait motivé mon envie de poursuivre la recherche, de retour chez moi, afin de découvrir en quoi consistait cette expérience, et ce fut le début d'un engagement qui se poursuit depuis maintenant près de 40 ans, à l'Institut des Sciences Noëtiques.

En cherchant à comprendre, j'ai voulu redéfinir la conscience et donner des outils aux scientifiques pour caractériser ce type de phénomène.

Kala : Avez-vous partagé cette expérience avec les autres astronautes, et des gens de la NASA ?

Dr. Edgar Mitchell : Pas à cette époque, parce que c'était trop insaisissable. C'est une expérience trop personnelle, d'avoir le sentiment de ne pas comprendre et de ne plus exister. Wow ! Au fil des années, nous avons communiqué et commencé à mieux nous comprendre, et aussi réalisé comment une personne peut être affectée par ce phénomène.

Nous avons échangé, et nous nous sommes aperçus que nous avions tous eu le même genre d'expérience, bien que ne l'aurions pas exprimé précisément de la même manière, et ça semble bien être un facteur commun aux Explorateurs.

Edgar Mitchell

Ca semble également relever de l'histoire de notre tradition religieuse, et c'est là que sont ancrés ces types d'expériences; c'est ce genre de schéma qui ressort chaque fois que nous essayons de les communiquer et de les comprendre, avec des explications basées sur notre fond culturel. Les expériences et les explications sont assez variées, comme si vous demandiez à une douzaine de personnes qui se trouvaient dans la rue, de vous raconter ce qui s'est passé. Vous pourriez alors recueillir cinq ou six histoires différentes. C'est la même chose qui se produit avec ce type d'impressions fortuites et les expériences personnelles.

Kala : C'est toute la difficulté d'expliquer à quelqu'un ce qu'on ressent quand on tombe amoureux, si ça ne lui est jamais arrivé.

Dr. Edgar Mitchell : Oui, exactement, s'il n'a pas eu cette expérience.

Kala Ambrose

Kala : Vous expliquez dans votre livre comment fonctionne l'intuition, et vous racontez que dans l'armée, alors que vous êtiez pilote, il vous est arrivé de connaître des moments d'intuitions. C'est ce qui peut aider à survivre dans des situations de stress intense, comme à la guerre.
Je m'attendrais à ce que des officiers de police ou des pompiers puissent nous raconter la même chose. Il semble que les hommes et les femmes, engagés dans ce type d'actions, accèdent à un autre niveau, est-ce une forme d'intuition ?

Dr. Edgar Mitchell : Je pense que c'est ancré dans notre nature profonde, et qu'on peut apprendre à l'utiliser au mieux. Nous avons des mots pour ça; on parle de ressentir quelque chose dans ses tripes, on parle de sixième sens, etc... Nous devons apprendre à l'utiliser. C'est une part essentielle de notre nature humaine.

Et c'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai fondé cet Institut des Sciences Noëtiques, pour explorer ces types d'expériences. Nous pouvons utiliser les outils de la science afin de comprendre à quel niveau ça fonctionne, et c'est l'un de mes objectifs depuis plusieurs années.

Kala : L'Institut fonctionne depuis combien de temps ?

Dr. Edgar Mitchell : Nous avons commencé à nous mettre en place vers la fin de 1972 et l'inauguration date du début de 1973. Nous avons célébré son 35ème anniversaire, et c'est une réussite parce nos activités sont suivies dans de nombreux pays. - Suite

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